Danse Cambodgienne (Livre) – Histoire du Prince Preas Sang dit Ngos…

DANSES CAMBODGIENNES
11. HISTOIRE DU PRINCE PREAS SANG dit NGOS.
D’APRES LA TRADUCTION DE SUZANNE KARPELES
Le roi Samalréach, du royaume de Samal, et son auguste épouse, la reine Montéa, avaient sept filles en âge de se marier.

Un jour, après avoir fait rassembler dans la cour du Palais, les princes et les gentilshommes les plus illustres du royaume, le roi ordonna aux sept princesses, ses filles, de choisir un époux parmi ces nobles jeunes gens doués de grandes vertus. Les princesses, modestes et timides, n’osaient lever les yeux.

Voyant que leurs hésitations impatientaient le roi, leur auguste père, les nourrices et les suivantes les exhortaient affectueusement. Remplies de confusion, six princesses obéirent aux ordres du roi, et chacune d’elles lança la guirlande de fleurs au prince de leur choix. Mais la plus jeune, la belle Neang Pou Réachena, supplia son père de la garder encore auprès de lui.

Le roi fort mécontent, avait sermonné sa fille et sur le conseil de la reine Montia, il avait fait convoquer à nouveau d’autres gentilshommes du royaume; et de nouveau, la belle Réachena n’avait pu se decider à lancer sa guirlande de fleurs et faire choix d’un époux. Alors, son auguste père, le roi Samalréach, fort courroucé, apprenant qu’un Homme-des-Bois se trouvait précisément, aux portes de la ville, résolut de le présenter à Réachena pour l’humilier. Or, l’Homme des Bois, n’était autre que le beau prince Préas Sang qui avait été élevé par une géante. Un jour, il s’était enfui de chez sa mère adoptive pour aller retrouver sa vraie mère. La géante en était morte de désespoir, car l’amour qu’elle éprouvait pour Sang, était celui d’une véritable mère pour son enfant. Mais rien ne pouvait retenir Sang et il poursuivait son chemin.

Or, avant de s’enfuir, il s’était plongé dans le puits d’argent et dans le puits d’or et s’était coiffé du masque de l’Homme des Bois; il avait également chaussé les sandales qui lui permettaient de voler dans les airs et il s’était emparé de la canne magique qui le douait d’une force prodigieuse. Aussi, lorsque les messagers du roi vinrent lui dire qu’il avait à se rendre au Palais, Ngos refusa de les accompagner et se fit si lourd qu’en dépit des amarres, on ne put le soulever du siège où il s’était installé. C’est alors, que l’un des messagers, renseigné par un jeune gardien de buffles sur l’amour de Ngos pour les fleurs, lui tendit un bouquet d’hibiscus pourpres accrochés au bout d’un bâton. Sang, dit l’Homme des Bois, se leva aussitôt et les suivit spontanément. Lorsqu’il parut devant le roi et la reine, ceux-ci furent effrayés par la laideur de son masque et les officiers voulurent le saisir et épargner au roi cette horrible vision. Mais aux yeux de la belle Niang Pou Réachena, le prince Ngos apparaissait brillant comme l’or sous son masque hideux. Car, il semblait à la jeune princesse, qu’elle le connaissait déjà et qu’ils s’étaient aimés dans une existence antérieure. Confiante, elle jeta sa guirlande de fleurs fraîches, en fermant les yeux, en souhaitant que Ngos reçût cette guirlande, si réellement il était doué de tous les mérites qu’elle devinait en lui.
Et quand, en ouvrant les yeux, elle le vit paré de la guirlande, elle alla vers lui allègrement. Furieux du choix de leur fille, le roi et la reine ne donnèrent à la princesses pour toute demeure, qu’une misérable paillote dans la brousse.

Ngos emmena donc sa bien-aimée dans cette demeure des pauvres et Réachena, songeant au Palais abandonné où étaient ses parents et ses sœurs, avait le cœur rempli de tristesse et de craintes. Puis, le soir venu, l’époux conviait tendrement l’épouse à venir auprès de lui, sur le lit de camp.
Mais la jeune princesse, soudain prise de craintes devant l’apparence farouche de l’Homme des Bois, voulait se dérober. Alors, Préas Sang se dépouilla de son masque et de sa défroque et apparut dans toute sa splendeur. Et Réachena, la belle princesses ravie, émerveillée, ne pouvait se lasser de contempler le beau prince.

A quelque temps de là, le roi de Samal, qui ne pouvait pardonner à Ngos d’avoir séduit la princesse Réachena, sa fille, malgré sa laideur effrayante, chercha un moyen pour le condamner à mort. Dans ce but, il lui donna l’ordre d’aller à la pêche avec les six autres princes et de rapporter au Palais cent poissons, dans l’espoir que Ngos serait incapable d’en capturer. Les princes partirent, mais Préas Sang demeura seul à l’écart, au bord de la rivière. Il quitta alors son masque d’homme des Bois et récita une formule magique que sa mère adoptive, la YAKSÎNÎ, lui avait révélée. Grâce à cette formule, tous les poissons et tous les animaux, venaient à lui et il pouvait en capturer en grand nombre. Cependant, les six princes qui n’avaient pu en capturer aucun vinrent à passer près de lui. Et le voyant sans son masque, ils ne purent le reconnaître et crurent qu’ils étaient en présence d’un génie resplendissant de beauté. Alors, ils le supplièrent de leur donner à chacun cent poissons. Il y consentit, mais en échange, il exigea de leur couper, à chacun d’eux, un bout de leur nez.

Le Roi Samalréch n’apercevant pas encore ses mérites, soumit ses gendres à une nouvelle épreuve, en les envoyant à la chasse avec ordre de lui rapporter, chacun, une gazelle. Et comme la première fois, Préas Sang avait récité la formule magique et captura, sans difficultés, un grand nombre de gazelles, et comme la première fois, les six princes le prirent pour un génie et lui demandèrent encore de les aider. Et à cette occasion, il leur coupa une oreille. Mais une fois de plus, le Roi Samalréach ne soupçonna pas la puissance exceptionnelle de Préas Sang. INDRA résolut alors d’intervenir. Il fit encercler la ville de Samal par des troupes ennemies et les six princes furent successivement vaincus dans le combat qu’ils livrèrent en essayant de dégager la ville. Enfin, Préas Sang, dit Ngos, vint à son tour, couvert de l’armure que lui avait envoyée INDRA. Il était étincelant, prestigieux, éblouissant; il s’éleva dans les airs pour combattre tout en volant et par la protection d’INDRA, il fut vainqueur et délivra le royaume. Alors seulement, le Roi du royaume de Samal rappela auprès de lui la belle Niang Pou Réachena et son époux, le prince Préas Sang, qu’il combla d’honneurs.