Danse Cambodgienne (Livre) – Rôles Féminins

DANSES CAMBODGIENNES
8. ROLES FEMININS
Le Sampot qui, dans le costume masculin, passe entre les jambes et se rassemble derrière pour former une sorte de culotte bouffante, c’est ainsi que le portent hommes et femmes dans la vie courante, dans le costume féminin du ballet, tombe comme une jupe à la manière malaise.

Dans le costume masculin, la veste est pourvue de longues manches collantes et dans le costume féminin elle laisse au contraire les bras nus; les petits ornements en forme d’ailerons fixés aux épaules disparaissent ici du vêtement.

Par contre, l’écharpe devient une parure obligatoire; elle couvre une épaule seulement, laisse la seconde épaule découverte et pend dans le dos jusqu’au bas de la jupe. Seules, les dernières suivantes ont généralement les deux épaules enveloppées par l’écharpe dont elles réunissent les deux bouts, sur le devant, comme le font des danseuses siamoises. Le caleçon dont on aperçoit le bas, habituellement brodé sous le Sampot drapé des rôles masculins, est remplacé, dans les rôles féminins, par une petite culotte inapparente et une robe de dessous ou Ao Sbay, en dentelle. Enfin, le Mkot est moins élevé pour les reines et princesses que pour les rois et princes; il est posé sur un bandeau qui entoure le front, mais dépourvu des ornements latéraux qui descendent sur les oreilles. Jamais les rôles féminins n’ont de masque.

I. Les reines et princesses ou Néang Ek, portent donc: une robe, Ao Sbay, en dentelle, pailletée et brodée de fils d’argent doré; une veste, Ao Pak, en soie; une collerette, Srâng Kâr, en soie; un Sampot en lamé, Sarabap; une écharpe en velours brodé d’or et d’argent. Et comme bijoux: une ceinture en argent doré avec une boucle en or agrémentée de diamants; cinq chaînes en sautoir; un pendentif en forme de feuille banian ou Slek Por; une paire de boucles d’oreilles en brillants ou Tumhou; trois paires de bracelets comme ceux du prince, Kâng Day, Krâvêl Day et Patrum; un brassard ou Baing Phap, incrusté de pierres précieuses; deux paires de chevillières ou Kâng Choeng et Krâvêl Choeng; et la tiare ou Mkot, en or.

Les princesses, Néang Raong, ont exactement le même costume et les mêmes bijoux en or, comme !es précédents, à l’exception du Mkot qui est en cuir ou en carton doré, avec incrustations miroitantes.

Ayant indiqué quelques prix de costumes, nous indiquerons encore, en passant, que pour les rôles d’importance égale, les costumes féminins sont toujours un peu moins chers. On a pu voir du reste que la composition du costume féminin est plus simple, d’une façon générale. Celui de la reine, par exemple, vêtements et bijoux, n’atteint pas trois mille piastres, alors que le costume du roi dépasse cette somme. Les autres costumes sont évalués de cinquante à trois cent cinquante piastres.

II. Le costume des quatre gouvernantes ou Phi Lieng Ek, reproduit, avec quelques simplifications, celui de la reine: le sampot dit Lboeuk, est en soie au lieu d’être en lamé; elles ne portent que trois chaînes en sautoir au lieu de cinq et celles ci, comme les autres bijoux d’ailleurs, ne sont plus en or, mais en argent doré; les bracelets ou Patrum, sont faits de vingt grains d’argent doré, au lieu de quarante; une paire de chevillières ou Krâvêl Choeng est supprimée ainsi que les pierres précieuses incrustant le brassard ou Baing Phap et un diadème, remplace le Mkot.

Les vingt suivantes ou Kom Nan, ont une parure plus réduite; elles n’ont d’autres bijoux que les trois paires de bracelets ou Kâng Day, Krâvêl Day et Patrum; le diadème ou Kbaing Na, est moins élevé et moins orné que celui des gouvernantes, mais les pièces du vêtement sont les mêmes.

III. Les géantes, YAKÎNÎS sont vêtues et parées suivant le rang qu’elles occupent dans la pièce, exactement comme des princesses, des gouvernantes ou des suivantes; et comme les rôles féminins ne comportent jamais de masque, on ne les reconnaît qu’aux pas exécutés, car chaque catégorie de personnages a des pas et des cadences spécifiques et également aux explications récitées ou chantées.

Il n’y a pas de rôles féminins correspondants à celui des singes.

IV. Quatre danseuses remplissent les rôles de Kinârey et avec leur costume, nous retrouvons tous les caractères, y compris les Intanou, du costume masculin, puisqu’il est absolument identique à celui des Kinâra.
La veste en est jaune et le pantalon violet.

V. Enfin, le costume de la sirène Suvan Machchha, sort, lui aussi, du cadre des costumes féminins, mais sans être aussi nettement pareil au costume masculin que celui des Kinârey.

La sirène est vêtue d’une veste en soie rouge à manches longues; d’un Sampot en soie dit Lboeuk; d’une ceinture ou Kravat; d’un pan ou Robaing Muk, tombant devant; d’un autre, formant queue de poisson. Elle porte un diadème comme les gouvernantes et les mêmes bijoux que celles-ci. Les danseuses, quel que soit leur rôle, ont souvent des bas de la couleur de leur peau. L’usage s’est répandu parmi elles d’ajouter des fleurs à leur parure, tantôt en guirlandes, formant des bracelets, tantôt en petites grappes suspendues à la tiare ou au diadème et tombant sur l’oreille.
Elles ajoutent aussi à la parure réglementaire, des bagues et des bracelets sitôt que leur succès leur ont valu quelques encouragements exprimés par des cadeaux du Roi.

Les danseuses sont véritablement cousues dans leurs vêtements. Pour paraître en scène, elles sont singulièrement fardées, d’une façon qui les fait ressembler à des êtres irréels, flatteuse du reste: le visage est abondamment poudré de poudre de riz blanche, et pour les rôles masculins seulement, légèrement teinté de safran par dessus la poudre blanche; les 1èvres sont rougies au moyen d’un papier colorant de fabrication chinoise; les sourcils sont noircis au noir de fumée et les yeux sont faits au koheul; les bras et les mains sont frottés de safran.

Un magasin d’accessoires est attenant à la salle des spectacles; il renferme, parmi beaucoup d’autres choses, des épées, des lances, des cannes, des éventails, qui sont parfois ajoutés à l’un ou l’autre rôle, plus un char, dont on se sert rarement et des têtes de chevaux en carton peint que les actrices posent, non plus, devant le visage comme un masque, mais sur la tête, tantôt pour représenter les chevaux tirant le char, donc rarement, tantôt pour représenter des officiers ou des soldats de la cavalerie.

Quand nous aurons dit enfin, que le costume des divinités, des rois et des princes, est pareil à celui que porte le Roi du Cambodge le jour du couronnement et que le costume des princesses est adopté par les jeunes filles cambodgiennes pour les deux grandes cérémonies de leur vie de femme: la coupe des cheveux ou célébration de leur puberté et le mariage, que du reste, une coutume touchante veut que les vêtements leur soient, à ces occasions, prêtés par la Cour, peut-être, sentira-t-on que sous la complication des ornements, sous les attributs parfois oubliés ou mal définis des rôles, le peuple cambodgien retrouve naturellement et sans effort, ses traditions les plus profondes: le respect du Maître et le respect de la famille.