Danse Cambodgienne (Livre) – Rôles Masculins

DANSES CAMBODGIENNES
7. ROLES MASCULINS
I. – Le costume des divinités ou DEVAS, des rois et princes ou Néay Rong Ek , se compose: d’un caleçon ou Choeng Khor, descendant un peu plus bas que les genoux; d’une veste ou Ao-Pak, en soie brochée sur laquelle est fixée la collerette ou Srâng Kâr en soie brodée; de deux petits ornements ou Intanou, en forme d’aileron aux épaules; d’un Sampot dit Sarabap en lamé or ou argent; d’une ceinture ou Kravat, qui maintient le Sampot; d’un pan d’étoffe, Robaing Muk, flottant devant comme un minuscule tablier; de deux autres pans ou Chéay Krèng, tombant sur les jambes de chaque côté du Robaing Muk; d’une ceinture en fil d’argent avec boucle en or, rehaussée de diamants, serrant la ceinture de soie et dans laquelle est passé un stylet en or ou Sang Var.

Avec le stylet, nous commençons la série des bijoux qui se complète comme suit: quatre paires de bracelets comprenant deux paires d’anneaux ou Kângkàn et Kângràk; une paire en filigranne ou Krâvel Day; la quatrième paire est constituée par quarante grains d’or ou Patrum; deux paires de chevillières constituées l’une d’anneaux ou Kâng Choeng, l’autre de filigrane ou Krâvel Choeng; cinq chaînes portées en sautoir ou Khsè Khluon; un pendentif en forme de feuille de banian ou Slek-Por; une paire de boucles d’oreilles ou Tumhou, ornées de diamants; et enfin, la tiare ou Mkot, la coiffure si particulière, réservée à ces rôles.

Il est assez curieux de remarquer qu’on peut retrouver, sur les bas-reliefs du groupe d’Angkor, la représentation de tous les bijoux appropriés aux divers rôles, à l’exception du Mkot, à la fois coiffure et bijou, du moins tel que le portent aujourd’hui les danseuses; les modèles des tiares surmontées de trois à sept pointes et non d’une seule, sont très nombreux et de leur allégement progressif on peut conclure à l’acheminement vers la forme actuelle. On peut supposer que cette forme fut définitivement adoptée vers le XVIIe siècle et que l’influence siamoise n’y est pas étrangère.

L’hypothèse que, vers la même époque, sous l’influence des Portugais établis au Siam, les costumes se chargèrent de paillettes, verroteries et cliquant, n’est pas invraisemblable non plus.

Le Mkot de l’actrice est la pièce la plus lourde et la plus chère de sa parure. Notons en passant, à titre de curiosité, que le prix d’un Mkot d’or est évalué, de nos jours, à huit cent piastres; la totalité des bijoux pour le rôle de divinité, roi ou prince, à plus de deux mille piastres et vêtements et bijoux ensemble, à trois mille huit cents et quelques piastres. Le prix des costumes ordinaires varie de cinquante à quatre cents piastres, sans bijoux et celui du Roi des Géants, bijoux compris, vaut plus de quatre mille piastres. Mais seuls, les premiers rôles ont un Mkot d’or; pour les autres, il est fait en cuir ou en carton doré, incrusté de petits morceaux triangulaires de miroir qui le rendent très chatoyant; pour ces autres rôles aussi, les bijoux sont en argent doré au lieu d’être en or.

Ainsi, les princes, Néay Rong Raong, ont un costume en tous points semblable à celui des divinités ou DEVA, des rois et des princes ou Néay Rong Ek, à cette différence près, des bijoux et des Mkot. On peut classer dans ces deux groupes les personnages suivants:
- BRAHMA, masque à quatre visages de couleur jaune;
- INDRA, couleur verte;
- RAMA, couleur verte;
- LAKSMANA, couleur or;
- BHARATA, couleur rouge.

II. – Les gouverneurs ou Phi Lieng Ek, ont aussi un costume pareil à celui des rois, mais le Sampot, dit Sarabap, n’est plus en brocart ou en lamé, il est simplement en soie dit Lboeuk et les gouverneurs n’ont pas de stylet, mais une gaine de satin dans laquelle le stylet est censé être enfermé.
Enfin, différence plus caractéristique, ils portent un diadème ou Pancharét, auquel sont fixés de faux cheveux couvrant la nuque, qui remplace le Mkot. Quatre danseuses sont affectées aux rôles de gouverneurs.

Les officiers ou Sena Ek, qui sont au nombre de douze dans la troupe, ont le même costume que le précédent, mais sans cheveux au diadème. Ce diadème est en carton doré incrusté d’éclats miroitants. La ceinture, en fil d’argent, est remplacée par une grande ceinture en satin avec boucle en cuir doré. Les bijoux sont réduits aux chevilles à une paire d’anneaux ou Kâng Choeng au lieu de deux; pour les bracelets ou Patrum à vingt grains d’argent doré au lieu de quarante; à trois chaînes en sautoir au lieu de cinq.

III. – Dans le costume du Roi des Géants ou Yak Ek, on retrouve tous les éléments précédemment énumérés pour le costume des divinités, des rois ou princes. Mais RAVANA, le Seigneur aux Dix Visages, porte le masque à dix faces ou Muk Dâp, terminé en pointe comme un Mkot et tout en or.

Les deux pans ou Chéay Krêng, retombant sur les jambes, de chaque côté du Robaing Muk, ne sont pas rectangulaires mais taillées en pointe et 1égèrement retroussés extérieurement vers le haut; un quatrième pan ou Robaing Kroy, flotte par derrière; au stylet sont ajoutés trois poignards ou Kroeus.

Le Prince des Géants ou Yak Raong, aide de camp de RAVANA, a le même costume et les mêmes bijoux, non plus en or, mais en argent doré et les mêmes accessoires, sauf les poignards; il se différencie de RAVANA par le masque, encore terminé en pointe comme un Mkot, mais à face unique et agrémenté d’une queue de coq, d’où son nom, Muk Kantuy Man.

Les quatre officiers de l’armée des géants ont un costume et des bijoux correspondants à ceux des autres officiers; leur masque leur fait une tête énorme, fantastique et simule des cheveux courts et bouclés. Pour les deux chefs de soldats ou Niay Khén Yak, tous les bijoux et presque tous les accessoires sont supprimés; veste ou Ao-Pak et Sampot dit Lboeuk, sont en soie rouge; le caleçon devient un pantalon de soie ou Attalat Saron, un peu plus long que le caleçon ordinaire; les chaînes sont remplacées par une écharpe formant baudrier ou Tuon, en soie rouge bordée de dentelle; la coiffure est un turban de soie rouge à fleurs d’or.

Pour les vingt soldats ou Puok Khén Yak, on enlève l’écharpe et on substitue au Sampot de soie dit Lboeuk, un Sampot de coton dit Khien.

IV. – On retrouve, dans l’armée des singes, la même hiérarchie: l’officier, les chefs de soldats ou Néay Khén Sva, les soldats ou Puok Khén Sva. Les éléments du costume sont les mêmes, le masque est de la couleur du costume et cette couleur est déterminée par celle que la tradition attribue à l’officier commandant les singes:
- HANUMAN, singe blanc ou Sva Sâr;
- NILLAPHAT, singe noir ou Sva Khmao;
- SUGRIVA, singe rouge ainsi que Nilla Ek, Maha Chumpou et Chum Pou Pian;
- BALI, singe vert ainsi qu’Angkot;

Ces personnages ont le costume et les bijoux des officiers de l’armée des singes; on y ajoute un ruban de soie tordu en rouleau serré pour représenter la queue.

V. – GARUDA, le roi des oiseaux ou Krut, porte, lui aussi, un masque presque identique à celui qu’immortalise la décoration khmère. Sa veste est taillée dans un Sampot dit Sarabap, en soie lamée. Les pans tombant devant et sur le coté sont remplacés par: une paire de jambières ou Snap Choeng; par une paire de genoui11ères ou Snap Chung Kong, l’une et l’autre, en soie rouge brodée, appliquées sur le pantalon ou Attalat Sarou, par deux ailes en lamé or tendues sur une armature de laiton, moulant les hanches et d’entre lesquelles part dans un mouvement ascendant, une queue en soie, également sur une armature de laiton; une basque en brocart dit Sarabap, remplace le pan central ou Robaing Muk; les manches de la veste sont recouvertes de secondes manches ou Snap Day, évasées vers le haut et laitonnées.

La collerette ou Snap Kâr, et les ailerons sur l’épaule ou Entam, diffèrent un peu, par la forme, de ces mêmes ornements dans le vêtement du prince, Néay Rong Raong; les bijoux, au contraire, sont semblables à ceux de ce personnage.

Dans le groupe des êtres fantastiques, doués du pouvoir de voler, se rangent encore les Kinâra et le Sarika ou le merle parleur.

Le costume des quatre danseuses, assumant les rôles de Kinâra, est un mélange de celui du prince et de celui de GARUDA ou Krut. Le caleçon, la veste en velours, la collerette en cuir doré, incrusté de petits morceaux de miroir, le Mkot et les bijoux, sont pareils à ceux du prince, par la forme, s’ils en diffèrent par la matière, les jambières, les genoui11ères, les ailerons fixés, les ailes et la queue sont pareils à ceux de GARUDA.

Enfin, comme éléments propres au costume des Kinâra, il y a: une paire de brassards en cuir repoussé et doré; une plaque ou Phchét, en cuir repoussé, et doré, couvrant le ventre; et descendant jusqu’aux genoux en se rétrécissant, une basque de soie ou Tat; un cache seins fait de deux coupelles en cuivre doré, reliées entre elles par de minces chaînettes.

Le merle Sarika, bien qu’appartenant au même groupe, a un costume tout à fait à part. Il est entièrement vêtu de noir; la veste, le pantalon, les ailes et la queue sont en satin épais; les gants, les bas et les jarretières en soie plus mince. Tous les bijoux et tous les accessoires sont supprimés, sauf un masque de merle.

VI. – Le prince Ngos, s’il se range dans une catégorie à part, a pourtant un costume qui emprunte les éléments habituels des costumes princiers: le caleçon ou Choeng Khor; la veste ou Ao-Pak qui, pour ce rôle, est en velours noir et brodée; la ceinture ou Kravat; les pans ou Robaing Muk et Chéay Krèng, plus un quatrième pan ou Robaing Kroy, par derrière; les ailerons sur l’épaule ou Entam: la collerette ou Srâng Kâr; le sampot en lamé dit Sarabap; la deuxième ceinture en satin, avec une boucle en cuir doré, comme celle des officiers, plus, une grande écharpe ou Pha Hum, en soie rouge qui lui est exclusive. Mais plus que l’écharpe, c’est le masque, horriblement grimaçant, du type négroïde très accusé, qui caractérise le prince Ngos; contrairement aux masques des géants, celui-ci n’est pas surmonté de la pointe évoquant la coiffure royale; mais à la fin de l’action, la danseuse quitte le masque pour reparaître coiffée du Mkot.
L’accessoire principal du rôle est une grande canne d’un maniement assez difficile.

VII. – Enfin, le rôle de l’anachorète ne se rattache à aucun des groupes précédents. Le costume se compose uniquement d’une longue et ample robe d’ermite, d’un masque spécial ou Muk Eysey.

VIII. – Les deux pitres – les seuls emplois, ainsi que nous l’avons déjà dit, tenus par des hommes – ont un pantalon et un paletot en soie à fleurs d’or et un Sampot de coton ou Pha Lay Tath; mais, leur fonction de bouffon les autorisant à introduire la plus grande fantaisie dans leur mise, ces pièces du costume sont fréquemment modifiées ou augmentées d’accessoires les plus inattendus.

Avant d’entrer dans le détail des costumes affectés aux rôles féminins, il sera peut-être utile d’en signaler les principales différences avec les costumes que nous venons d’examiner.