La danse classique Cambodgienne

LA DANSE KHMERE (Synthèse)
Charles Meyer
(Conseiller du Roi en 1965 à 1970)

La danse sacrée et classique est incarnée par les Apsaras qui ornent les fresques du Bayon à Angkor.
Qui sont les Apsaras ? Des danseuses célestes qui viennent chercher les Héros morts au combat.

Le rituel, en ce siècle, est très codifié :
- rien n’est laissé à l’improvisation,
- la chorégraphie doit être agréable aux dieux
- Et, de plus elle ne doit rien divulguer aux profanes

Nous ne savons pratiquement rien sur son ordonnancement si ce n’est des fragments de maximes morales d’une naïveté touchante :  » ne soyez ni méchant ni trop doux « .

Ainsi au 13ème/14ème siècle, le ballet Royal Khmer qui incarnait à la fois le sacré à travers la Monarchie khmère et son expression humaine la danse en elle-même, symbole de la communication avec les Dieux comprenait :
- 18 grands prêtres,
- 2500 officiants environ,
- et 650 danseuses.

C’est pourquoi les chroniqueurs chinois du XIIème siècle ont parlé de  » tradition de la procession  » par laquelle le Roi et le Peuple se donnent en spectacle.

Au XIXème siècle, le Cambodge est un pays sans archives donc sans mémoire (les transcriptions sur les feuilles de bananier ont été dévorées par les insectes ).

De ce fait, la tradition orale fait état de la présence des  » Rois errants  » -référence aux différentes capitales royales – aux grandes fêtes annuelles :  » la fête des eaux « ,  » le sillon sacré « , elle confirme la permanence des Brahmanes à la cour du Roi, l’importance de la Musique et de la Danse, relayées par le théâtre d’ombres.

Il est évoqué également la  » danse des bœufs sauvages « , propre à la région des Cardamones, accompagnée d’astrologues.

La tradition chorégraphique, celle qui régit les rapports entre le Maître et les élèves, s’exprime dans le « lokhon » issu de la cour des Rois du SIAM.

Elle consiste en  » la cérémonie de la salutation aux Maîtres et de la présentation des masques  » qui n’est pas publique mais interne au Ballet Royal et ne se déroule qu’une fois l’an.

Les rituels déployés illustrent que le génie de la danse descend sur le Ballet Royal :
- référence à la religion cosmique des khmères,
- la parure peut être comparée à une métamorphose,
- de la même manière, la présentation des offrandes constitue un art ; les mets sont présentés aux  » anges  » par 12 classes (4 princesses, 4 princes et 4 ordres)
- la gestuelle figure une promenade dans les airs.

 La vision des occidentaux d’une représentation qui est tout à la fois dansée, chantée, mimée comme dans le Ramayana, d’origine indienne, et qui est censée s’ouvrir sur le monde des esprits n’est pas aisée car la danse khmère, lente par nature, ne se donne pas comme un spectacle facile :
- l’argument est difficilement compréhensible,
- la musique est lancinante et plate,
- la gestuelle (actions et sentiments) fait appel à une connaissance de la culture khmère car chaque phrase musicale détermine un geste de la danseuse.

Le sculpteur Auguste RODIN dira en 1906, à l’occasion du voyage du Roi SISOWATH à Paris, en a saisi la quintessence en déclarant :  » ces danseuses khmères nous ont donné tout ce que l’antique peut contenir car il est impossible de porter l’art divin aussi haut « .

Quelles ont été les périodes de l’Histoire khmère qui rendent au Ballet Royal son éclat originel?

1. Le Roi OUDOUANG (1845)
Il va procéder à une remise en état du rituel avant la  » décadence  » pré-coloniale. A cette époque, la danse est très liée à la tradition siamoise à laquelle elle est intégrée.

Les Khmères vont se démarquer de la tradition angkorienne qui accordait une grande liberté vestimentaire -un sampot et les seins nus- et chorégraphique -entière liberté du mouvement des jambes.

A contrario, la tradition siamoise se veut pudique, elle dissimule le corps humain sous de nouveau costume, composé de chasubles et d’écharpes, ornés de beaucoup de bijoux – sautoirs et bracelets -, le chef est surmonté d’une coiffe d’or qui peut peser jusqu’à 1 Kg.
Ainsi s’établit un hiératisme et une rigueur qu’elle n’avait pas dans la tradition angkorienne sous l’influence du SIAM.

2. Le règne du Roi NORODOM (1859)
Le Roi est un musicien qui est influencé dans ses goûts par la musique philippine, synthèse de toutes les influences asiatiques.
C’est ainsi que se dessine dans les villages la vogue du  » Yke « , chants alternés.
Le ballet ne disparaîtra pas des préoccupations royales et comptera jusqu’à 500 danseuses ainsi que sa première vedette  » BOCEBA « , fille d’un prince.

3. Le Roi SISOWATH (1906)

Lors d’un voyage à Paris, le Ballet Royal crée l’évènement au Théâtre du Pré-Catelan et avive l’engouement pour la 1ère fois des occidentaux pour l’exotisme asiatique.

4. La Reine KOSSAMAH (1920)

Elle est la fille du Roi Monivong et la mère du Roi SIANOUK. Elle va redonner de l’éclat au Ballet Royal par l’intermédiaire de sa petite fille, la Princesse BOPHA DEVI.

5. Le Roi NORODOM SIANOUK (1964)

Le Ballet comptera des 1ères danseuses (5 vedettes), 160 élèves de 5 à 17 ans, 14 habilleuses, 6 gardiens des bijoux et 2 bouffons.